Il pense
Ce sable, trop blanc vraiment, et de même grain cependant...
Cette plage comme mémoire où la marche est douce, même au soleil sans attente
À la fois présente et pesante comme du lac lointain aux rives courbes
Parfois aussi comme du rivage normand, son estran que soulève les vents...
Alors vient l'apaisement, debout, se tenir en lieu et place.

vieille photo jaunie aux ciels sfumatos telle cette toiture ou ce pan de mur à l'arrière-fond d'une ville lointaine — est ce elle, est ce Venise ? non, mais alors cette étendue maritime, ces canaux que l'on devine dans la lumière du soir, quels sont-ils ? — et laisse émerger, sortir des flots brunâtres et doux, tant de sensations contrariées ; s'y mêlent divers lieux et divers temps de l'enfant rêvé ; photo presque vénitienne et pourtant, soudain, vallonnée, crayeuse, soudain une garrigue ; ce scorpion dont il fallait chaque matin veiller qu'il ne se soit installé dans une chaussure laissée sous le lit, au réveil ; et cette forêt à quoi on ne pouvait même imaginer quelque lisière, marquant un infini territoire sauvage ; et ce hameau rafistolé aux courtes ruelles irrégulières ; et cette longue table aux repas sans fin, le délice de cette truite, sa chair blanche et ferme, les rires, débats tranquilles et solaires ; et ce piano mal accordé perdu dans une pièce oubliée de la bastide où couraient les doigts maladroits à la recherche d'une mélodie souvenue ; était ce Venise donc ? non ce n'était plus Venise mais ces gens étaient les mêmes et leurs habits comme ceux des indiens d'une mémoire d'outre-tombe étaient les mêmes habits... ou bien non pas tout à fait les mêmes mais ceux d'une décade ultérieure un autre temps déjà où commençait de s'enfuir la grande innocence avant que d'être bannie, ou plutôt non : enfouie, décidée à renaître bientôt à revenir sous une forme renouvelée : celle étrange du dialogue joyeux et grave d'un poète titan et d'un lumineux guerrier des autres rives de notre mer, devant une autre petite maison ensoleillée où ils aimaient se retrouver et s'embrasser, et où se cacherait bien plus tard, après même qu'ils aient disparu, l'enfant aux craintes dissipées, l'enfant fils de l'un et de l'autre qui lui tiennent la main depuis chaque marche de chaque escalier, l'enfant qui désormais tient la main de son fils effrayé par un mauvais rêve et tente, ainsi, au travers de ces images de paix, tandis qu'au loin mugit la sirène d'un cargo, de chasser les siens...

comme une flamme dans un film de celluloïd — mais il n'avait jamais vu de film — derrière lui le chœur montait ; les mains le tenait il voulait voir devant mais c'était sombre le soir venait et derrière s'enflait
O Röschen rot!
Der Mensch liegt in größter Not!
Der Mensch liegt in größter Pein!
Je lieber möcht ich im Himmel sein.
Da kam ich auf einen breiten Weg:
Da kam ein Engelein und wollt’ mich abweisen.
Ach nein! Ich ließ mich nicht abweisen!
Ich bin von Gott und will wieder zu Gott!
Der liebe Gott wird mir ein Lichtchen geben,
Wird leuchten mir bis in das ewig selig Leben!


Lumière des origines ! Déjà c'était le bas de l'escalier, une vieille photo jaunie contre un champ, arrière-plan, un retour et le début, l'art du contrepoint

Escaliercontribution2-reduitDes voix sur lesquelles s'arrête le pas, un chœur déjà. C'est dire tout ce qui se fige à ce bref instant très bref instant où — c'est un souvenir, mais souvenir d'un souvenir — la marche au moment de la grimper tenu par des mains bavardes se fige ; elle n'a plus de lieu elle n'a plus de temps c'est un moulin qui regarde Venise mais d'où rien ne se voit que cette marche qui déjà encombre la mémoire qui vient et dont témoigne cette image très simple retrouvée ailleurs, que sais-je une brocante un grenier une main le papier tout s'est arrêté l'homme regarde l'enfant lui parle et l'enfant va se retourner vers l'homme qui est son père ; chérir le chœur de ces voix qui montent comme monte la petite jambe.


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En lieu et place, Cyril Sauvenay