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De jour de nuit,
parler de tout
l'air de rien

Lu avec intérêt un article de Thierry Crouzet, sur son blog, à propos de la place et de l'avenir de la littérature dans un monde numérique et numérisé.
Plusieurs réflexions.
Souvenir de Kundera comparant il y a plus de vingt ans déjà ce qu'il nommait le troisième temps du roman aux derniers feux du soleil couchant. Ce troisième temps était décrit comme un retour au grand élan créateur de la première période, sa liberté de ton et d'esprit, celle des Rabelais, Cervantes jusque Diderot (en opposition à la seconde, celle du dix neuvième siècle, obsédée par la vraisemblance et le réalisme — d'où sa détestation par André Breton, semblant méconnaître le passé du roman). Mais ce troisième temps ne paraissait pas promis à un durée significative aux yeux de Kundera (et ce, bien avant l'explosion des outils numériques).
Thèse qui semble corroborée par les études contemporaines témoignant du désintérêt croissant des jeunes gens pour la lecture, passé le temps terrible de la quinzaine. Surtout les hommes. Déclin d'apparence inéluctable.
Crouzet à juste titre parle de l'immersion dans le texte comme consubstantiel à la littérature. Insiste sur le fait que même numérique un texte littéraire est et doit demeurer un texte, avant toute autre chose, afin que l'immersion du lecteur y soit possible. Oui. Mais l'immersion aujourd'hui ne se passe-t-elle pas du texte ? Question de génération : après celle encore analogique du cinéma, voici celle numérique de l'image totale, interactive et virtuelle. Qui sait où cela mène ?
Bernard Stiegler, par ailleurs, avec sa description de la rétention tertiaire et des prothèses qui en forment la possibilité, vient conclure : cette rétention prothétique serait en pleine et manifeste révolution. Après le papier et l'écriture comme extensions du corps et donc de l'intelligence humaines, le temps est venu de l'écran et de l'image, en flux connecté et permanent.
Raison pour laquelle François Bon, qui filme souvent (depuis) des trains, et suivant son intuition, a pris celui ci en marche, et s'est décidé à faire le youtubeur littéraire. Une voix à suivre.

On peut à bon droit s'interroger sur la pertinence de l'acte d'écrire, alors qu'il est si bon de lire ; oui, alors qu'au  plaisir de la lecture se compare celui, ineffable, d'une promenade en montagne, auprès d'un massif ombrageux, à suivre une rivière, traverser un torrent, observer la vie sauvage...

Or, il est tel, cet intérêt à écrire, elle est telle, cette jouissance, que celles de peindre, d'agencer lettres mots syllabes phrases comme couleurs et traces, dans l'espoir que cet agencement ordonné ouvrira un espoir, du moins un plaisir à qui s'y abandonnera.

Il en est comme de la peinture, et précisément de cette manière qu'a le peintre de restituer le bonheur d'une marche en montagne, de l'observation d'un massif — ou de tout autre chose.

Les mots couleurs du pinceau qui déchiffrent le monde, gravure de papier.

C'est cela, et ce n'est pas que cela, non. D'autres choses encore, à venir.
C'est inutile, et nécessaire.

Découragement ? Trop pesante évidence de la vanité ? Lâcheté ? Lassitude, hébétude ? Désespérance ? Non, cela n'est pas bon. Lutter contre soi. Aller au bout du récit. Se mettre à l'oeuvre. Même si elle est inutile. Qui sait, qui peut savoir ce qui est utile ou non ? Il faut faire ce qui demande à être, persiste en désir, même confusément.
Le poète impuissant face à l'azur, l'azur, l'azur toujours recommencé.


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En lieu et place, Cyril Sauvenay