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De jour de nuit,
parler de tout
l'air de rien

oui, se dit-il, comme promesse, cheminer au long d'une fracture entre deux eaux ; oui, cheminer au long d'une ride dans le paysage d'une vie ; et passer de l'un à l'autre, de l'un dans l'autre ; le lac paysage d'un visage et ce visage celui d'Elena ; mais non ce visage le visage d'Elena n'était pas traversé de rides il le savait il s'en souvenait il se souvenait de sa peau, paysage oui mais sans cheminement, lisse et douce, ainsi le cheminement était celui de l'eau, d'entre deux eaux tons d'opales, au travers des rides de l'eau qu'il fallait fendre ou bien feindre fendre pour tout au contraire poursuivre la fracture ; fracture qui n'était pas ride mais invisible distance entre les visages des hommes... tel était ce chemin qu'il devait emprunter, entre deux rives entre deux rides une sorte de ruisseau au beau milieu du lac, légère houle comme pli, l'ondoiement, pulsation de la fracture, de rides en vaguelettes, de brise à vent frais qui vient briser les rides et pacifier le paysage d'une vie, ne laissant qu'une brêve écume au long de son cheminement incertain ; il pensait au visage d'Elena, paysage d'une vie tout juste entamée, aux petits crochets de sa chevelure, transpositions en vaguelettes de sa peau irisée, attrapes du désir ; c'était tout cela sans conteste, ondulation entre les eaux rompues, passage au long d'une fracture entre les rides, y trouver son chemin, le lac comme un visage, un corps destitué qu'il faudrait traverser entre deux rives, d'île en île trouver son chemin.
il eut soudain une pleine conscience de ce qui l'attendait, une révélation de ce qui se cachait au creux de ces plis, vagues, rides, rupture, expression de sa fragilité dans la fragilité du monde, qu'il lui faudrait surmonter afin d'entrer dans le château non comme un fuyard mais comme un héros ; ce cheminement était lui même rupture, disjonction, tracé immatériel et dévoilé, chaos sans doute mais d'où se lèverait une lente signification, série de signes ; à condition de trouver une embarcation, se rendre au château en jouant des lignes de rupture, naviguant au plus près, cheminement hasardeux mais unique pour rejoindre non pas seulement le château, non pas même seulement Elena, mais son propre désir, sa vérité, sa paix. Comme il allait entrer dans la voiture, il fit volte-face et retourna vers le petit port ; louer un bateau ; c'était d'ici qu'il faudrait lever l'ancre, d'ici où s'était offerte la rupture, premier pli, lors du départ d'Elena ; suivre ce pli le long de l'onde, vers le château, vers lui-même.
il aurait apprécié d'avoir à ses côtés cette brute de Stanley, mort depuis bien longtemps déjà ; certes il le détestait, mais il lui reconnaissait un réel talent de navigateur, en particulier dans ces eaux hostiles. Il se reprit aussitôt : cette traversée ne se pouvait envisager que seul, et sans témoin.


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En lieu et place, Cyril Sauvenay