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De jour de nuit,
parler de tout
l'air de rien

pendant que le jeune homme pendant que l'enfant rêvait, le moulin rêvait le moulin rêvait le château, les marches du moulin rêvaient les escaliers du château, chaque marche dans son rêve telle une vague s'élevait et venait s'écraser sur le roc, le roc moussu au pied du château au bas du moulin perdu dans le hameau désert et
chaque marche s’élançait dans son rêve son rêve couleur d'opale comme la peau de la femme du château, le château rêvait de chacune des marches du moulin et rêvait de chacune de ces marches telle une gigantesque vague, la vague submergeait le château et
la volée des marches s'envolait, dans le rêve du moulin elle venait se poser marche par marche dans le château attendant le souvenir le renouveau du souvenir et
dans le rêve le rêve du château le rêve du moulin chaque pierre vibrait, vibrait du désir de l'homme ou plutôt chaque pierre vibrait d'un des désirs de l'homme car dans le rêve le rêve du château le rêve du moulin l'homme avait beaucoup de désirs il avait tous les désirs et
chaque pierre dans son rêve du château du moulin se souvenait du chemin parcouru bien avant les hommes jusqu'à ce bout de terre avancé sur le lac, se souvenait des hommes qui l'avaient brisée rompue taillée, de chaque homme qui l'avait disposée touchée piétinée, de ces pieds de l'enfant hésitant de ces princes du passé des mains fanatiques avides de pouvoir des bouches caressantes et
la marche dans son rêve se souvenait du pas de l'enfant de souvenait  du pas du jeune homme se souvenait du pas du maestro se souvenait du pas du pas d'Elena se souvenait du pas du père d'Elena se souvenait du pas du pas des soldats se souvenait des cris de l'effroi de la violence et
les murs tremblaient à ces souvenirs du rêve, les murs rêvaient qu'on cesse de se souvenir, les murs dans leur rêve tremblaient au souvenir des bottes noires de la République sociale tremblaient au souvenir des Maï-Maï avides de sang tremblaient au souvenir du canot de Stanley s'approchant furieux tremblaient au souvenir des baisers affolés d'Elena au jeune homme tremblant et
le jour poignit le rêve cessa les pierres redevinrent pierres les marches redevinrent marches les murs redevinrent murs le moulin redevint château, et vice versa, ou bien l'inverse, peut-être l’inverse.


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En lieu et place, Cyril Sauvenay