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Il est étrange,
ce sentiment qui est le nôtre,
comme le soleil couchant

Ces lieux qui sont aussi des moments qui sont aussi des signes, quand et où se produit un événement propre à vous marquer, vous émouvoir, vous transformer. Vous révéler.

Ce sont événements de deux sortes, petits et grands, anecdotes ou fulgurances historiques, hasards d'une vie ou instants clés de la marche des hommes. Ce sont lieux à peine empruntés, ou bien à jamais marqués.

De ceux qui imprègnent l'imaginaire parce que nés de l'imaginaire, il y aurait Calcutta. Non pas la ville indienne avec ses passants du réel, que peut-être jamais mes pieds ne fouleront ni n'auraient le moindre intérêt à fouler, mais celle d'un cinéaste et de ses personnages, qui ont ouvert en moi, il y a quelques décades, un monde inconnu que je porte encore.

De ceux qui ne sont nés de fiction, sinon celle, fragile, que nous offre la vie dans son ample déploiement, deux posèrent dans ma jeune vie d'adulte des jalons sans oubli, au mitan des années quatre-vingts et quatre-vingt dix, Berlin, Johannesburg.

Me retrouver au second de ces lieux, qui, plus encore que le premier, possède une puissance évocatrice inentamée, me procure une émotion saisissante, augmentée sans doute de celle qui me vaut d'être ici. Sortant de l'aéroport, ce panneau marqué Johannesburg ravive des images lointaines et déformées par le souvenir, celle d'un homme marchant seul, comme au centre d'un lent traveling, s'approchant d'une foule émue, étonnée elle-même de la puissance de l'événement auquel elle assiste... Bien sûr il n'est pas seul, bien sûr ce n'est pas Johannesburg, mais c'est ainsi que je me le représente, lorsque je me remémore ces images du journal télévisé, et mon émotion. Je pense alors aux années qui ont passé, aux errements du parti représenté alors par ce héros s'avançant vers son destin et celui de son pays, à la corruption de son successeur présent, et dans une certaine mesure à la faillite du rêve que Madiba tenta alors de rendre réel. Il y parvint, certes, en partie, mais traversant les faubourgs de Joburg, je découvre des quartiers entiers sécurisés jusqu'à l'outrance, la béance d'une ville opulente et misérable, et je comprends que cette réalité rêvée n'est que rêve du réel... Si l'on pouvait tout du moins le toucher du doigt, dans ces rues lisses et vertes, et comprendre, aussi, à quel point tout a changé, quand bien même tout reste à changer...

Étrangeté ensuite de cet établissement hospitalier, dont les tarifs interdisent l'entrée à ceux qu'autrefois les lois contraignaient de s'en tenir éloignés. Vieilles chairs blanches pour qui au fond rien n'a changé sinon le rythme des années, et peut être, oui, tout de même, quelques voisins étrangers attirés, eux, par une qualité de soin européenne à coût moindre.

Du rêve de Madiba à ceux de wall Street, de l'égale essence à l'inégale condition, d'une humanité réconciliée à celle écartelée... Il demeure cependant quelque chose, comme cette aura de l'oeuvre d'art, très peu reproductible, plus qu'un simple et mince espoir. Il demeure un visage, un corps, imprimant par le mouvement une flexion durable, produisant en écho une stridence ténue, un signe lointain qui m'appele encore aujourd hui, me fait signe, m'invite, m'insurge. Un poème dans l'air, un air de résistance, un parfum de Desnos aux portes de Paris, une voie libre entre deux récifs. Plus qu'un simple espoir, oui, puisque quelque chose ici a eu lieu, et quelque chose chaque jour a lieu, comme en retour, comme par reconnaissance.


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En lieu et place, Cyril Sauvenay