Il pense
Ce sable, trop blanc vraiment, et de même grain cependant...
Cette plage comme mémoire où la marche est douce, même au soleil sans attente
À la fois présente et pesante comme du lac lointain aux rives courbes
Parfois aussi comme du rivage normand, son estran que soulève les vents...
Alors vient l'apaisement, debout, se tenir en lieu et place.

Au soleil noir des multitudes
J'oppose les lacs souverains
Ici et là sourdes rigoles
Jaillissent en torrents noués

Les pêcheurs remontent filets
Rare poisson, visages dépeuplés
Monte la mer morte
Reculent villages, maisons, plage saumâtre

Aux temps neufs marécages
Temps abstraits sans mécanique
Il nous faut aller et tenter de vivre
Ouvrir une plaine de feu

Il se trouvera un pont,
Là, bientôt, un pont à traverser
D'une rive à l'autre,
D'une misère à l'autre

Tu traverseras ce pont
Par delà les hurlements de flots
D'un orient à l'autre.
Nous serons enfin debouts

Océan déchu, terre voilée...

Vois, vois s'élever...

Les ânes sauvages poursuivent leur route
Et le soleil les accompagne
Ils semblent seuls connaître le chemin
Ne s'égarer jamais, presque... (là, l'éboulis !)

La nuit tombe. La pluie.

Les essuie-glaces balaient la poussière trempée.

Soudain la voie ferrée, arrêt, moteur ronflant ; de l'autre côté, qui nous dévisagent — qui le tentent à dire vrai , au travers du pare-brise maculé — une famille massaï ; ils semblent s'amuser de notre étonnement devant ces rails incongrus qui coupent la piste.

 

 

Un peu plus loin, déjà l'obscurité rode, la piste, telle un sentier, s'égare sous les frondaisons. Un couloir de feuilles, mur végétal qui laisse, à grand peine, pénétrer notre véhicule.

Fondrières, nids de poule, affaissements boueux, ornières tracées par les camions surchargés...

Plus tard encore, latérite balayée par le faisceau des phares, petites motos sautillantes et boueuses que l'on croise ou bien dépasse. Les tôles vibrent, les amortisseurs s'écrasent puis se détendent, les fenêtres s'ouvrent sur l'air marin ; l'océan est proche, se laisse sentir, mais découvrir non, pas encore.

Et puis un chemin perdu, un sentier. Là, encore, le GPS s'amuse à dénicher ce raccourci imprévu, parmi les sisals, traversant les bois noirs. L'océan dont monte le grondement, que, depuis cinq ou six heures, nous tentons de rejoindre, et qui est là, maintenant, tout près.

 

 

Volant qui commande la main, vitesses passées lentement, frein puis légère accélération ; dans la nuit sans lune, nous voyageons vers la maison de la plage...

Découragement ? Trop pesante évidence de la vanité ? Lâcheté ? Lassitude, hébétude ? Désespérance ? Non, cela n'est pas bon. Lutter contre soi. Aller au bout du récit. Se mettre à l'oeuvre. Même si elle est inutile. Qui sait, qui peut savoir ce qui est utile ou non ? Il faut faire ce qui demande à être, persiste en désir, même confusément.
Le poète impuissant face à l'azur, l'azur, l'azur toujours recommencé.


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En lieu et place, Cyril Sauvenay