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De jour de nuit,
parler de tout
l'air de rien

Eh bien, vous me regardez comme si j'avais commis un sacrilège, une faute irréparable, est-il fondé, ce sentiment, et cette faute, en est-elle une, il ne me semble pas, votre regard injuste m'accable ; je n'ai rien dévoilé, je l'ai mis en garde voilà tout, rien révélé, qu'aurais-je d'ailleurs à révéler, je sais moi-même si peu de choses, non, je n'ai fait que le mettre en garde voilà tout vous l'avez entendu, ne fallait-il pas, n'était-il pas de notre devoir de le mettre en garde ce grand dadais, certes oui c'était notre devoir du moins le mien et je crois qu'il m'a quand même écouté, c'est un cœur intelligent, un jeune homme formé, non plus un gamin sans cervelle, encore moins ce jeune enfant d'autrefois, timide et joyeux vous en souvenez-vous, bien sûr il a compris, il comprend que les vieux, je veux dire les vieux du pays en connaissons un bout sur ces histoires, lui ne sait rien de tout ça, les guerres, les siècles écoulés, les haines, les histoires de familles et des rives les incessantes rixes, il admet son ignorance c'est tout naturel, lui ne fait que revenir, faut-il dire sur les lieux du crime, bien sûr que non, tout ce qu'il désire c'est de retourner voir Elena, moi je veux bien pourquoi pas, comment lui donner tort, mais c'est pas si simple n'est-ce pas vous en êtes d'accord, vous savez bien sûr tout cela, nous le savons tous ici, que le chemin n'est pas si simple, ne manque pas d'embûches, sans même compter les prétendants, tous là qui veulent la mettre à nu comme dans un tableau du temps de notre jeunesse, il ne suffit pas d'y aller, une fois sur place il faut être prêt à la bataille, encore une de bataille, une de plus, vous savez ce que c'est, on n'y tient plus trop à ces batailles parce qu'on le sait bien nous, l'origine de toutes ces guerres incessantes c'est elle Elena, rien ni personne d'autre, c'est elle le territoire à conquérir, et voilà pourquoi ils ne sont pas restés ici après leur victoire, ici, qu'est-ce qu'ils en auraient à faire d'ici ; quant à elle, ils ne l'ont pas emmenée c'est un fait ; sans doute les a-t-elle effrayés, tout de même elle en sait beaucoup, beaucoup trop depuis ces temps reculés, ou alors trop vieille toute ridée maintenant ça les a surpris ils se sont peut-être dit tout ça pour ça merde alors ça valait pas le coup on rentre ; riez, riez tant que vous voudrez, et je ris avec vous, moquons-nous, les uns les autres et tous de ce monde de ténèbres, en attendant moi je dis peut-être bien que c'est ça et juste ça en même temps je le reconnais volontiers la politique je n'y entends rien c'est vrai, mais moi je l'affirme, les guerres c'est toujours une histoire de femme, une femme qu'on désire et qu'on veut posséder, quand je dis posséder croyez moi je n'emploie pas les mots au hasard, c'est dans les deux sens du terme au propre comme au sale, mais lequel est sale je n'en sais rien ou plutôt en est-il un de propre je ne crois pas, quoique si, à la réflexion, dans ce sens qu'il est propre à l'homme, c'est même le propre de l'homme, d'aller faire la guerre pour posséder une femme ; eux tous, cachés derrière le bleu profond du lac et le vert luxuriant de ses rives, pendant longtemps j'ai cru que c'était le château qui les intéressait, pas la ville, ni même la région mais le château, peut-être je me disais c'était comme un souvenir d'enfance, un souvenir à reconquérir, pour eux comme pour lui, la même histoire la même innocence ; j'étais jeune et naïf : c'était la femme c'était bien elle, Elena ; et laissez-moi vous le rappeler, oui à toi aussi, jalouse : qui ne l'a pas désirée, Elena, rien qu'ici, depuis tout ce temps, alors ceux d'en face, on peut comprendre aussi, mais je le soutiens, ce n'est pas une raison pour faire la guerre quoi, quand même, il faut se retenir tout de même, mon père avait bien raison sur ce point ; allons, les amis, au fond tout ça n'a plus d'importance plus la moindre cette fois ils ont gagné la guerre et ils sont repartis comme ils étaient venus je crois bien qu'on en a fini maintenant, oui qu'on en a fini ; fini, oui, mais pas avec tout, tiens Guido, sers-moi une petite grappa s'il te plaît, il m'a trop fait parlé cette grande perche j'ai la gorge sèche va, et pardonne au vieux bavard que je suis...


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En lieu et place, Cyril Sauvenay