titre-en-lieu-et.place


De jour de nuit,
parler de tout
l'air de rien

C'est à ce moment précis que Guido m'a dit les étrangers aussi sympathiques soient-ils n'ont rien à savoir de nos affaires et il a ajouté en particulier celui-ci n'oublie pas qu'il a séduit Elena (oui que voulez-vous, tout le monde s'est bien douté qu'il ne séjournait pas au château juste pour profiter de la vue sur le lac, aussi magnifique fut-elle, j'en conviens), imagine, dit il encore, c'est peut être un espion, qui sait, ceux d'en face sont retournés mais qui te dit qu'ils n'ont pas l'intention de revenir ? On n'a jamais pu rien prouver, mais moi je suis certain que c'est en raison de leurs perfidies, quelques médiocres qu'elles eussent été, que nous avons subi la République sociale et toutes ces souffrances inutiles. Alors j'ai ri, un peu malgré moi, mais j'ai ri et puis je lui ai dit que bien sûr, tout le monde le sait ici, son père fut un des très rares résistants, parce qu'il faut bien l'admettre la plupart se sont satisfaits de ce pouvoir grotesque, ils ont fait avec comme on dit, son père donc a été un des très rares résistants, tout le monde le sait lui ai-je dit, et vous aussi d'ailleurs vous le savez pourquoi m'obliger à le répéter, mais que ce n'était pas une raison tout au contraire même. D'autre part je lui ai dit aussi qu'en effet rien n'était prouvé, et même que certains pensaient au contraire que votre propre père, avec quelques autres représentants des grandes familles, s'étaient rapprochés de ceux d'en face afin d'ourdir une alliance contre la République sociale, à quoi il a rétorqué ce que tout le monde soupçonne aussi, qu'ils s'étaient au contraire rapprochés de l'abominable junte de la République sociale pour détruire définitivement la puissance de l'autre rive, et là je me suis emporté, une telle hypothèse était inadmissible, nous sommes ennemis oui mais frères tout de même, nous n'allons pas nous allier à ces parvenus fascistes pour mener à bien nos batailles intimes, voilà ce que je lui ai dit et il est demeuré silencieux mais de ce silence vous savez qui n'augure rien de bon, de cette sorte de silence qui fomente un crime, ou quelque action d'éclat moins terrible mais tout de même bien impressionnante, du coup j'ai fait en sorte qu'il ne prît pas un temps de réflexion trop long et j'ai poursuivi, et j'ai dit que j'avais décidé de mettre en garde ce jeune homme parce qu'au moment où j'avais ouvert la bouche pour parler, il m'avait regardé avec cette curiosité un peu inquiète, celle-là même que nous avions autrefois remarqué chez le maestro quand il était venu ici pour faire son film, ce film consacré à la République sociale et à propos duquel je lui avais dit que l'idée n'était pas appropriée, il y avait ici trop de souvenirs, et puis ceux d'en face ne manqueraient pas de se réjouir de l'exhumation de ces souvenirs, et je lui avais dit, tu te souviens n'est-ce pas de ce que j'ai dit ai-je dit à Guido dont je voyais bien qu'il poursuivait son amère réflexion et que cette réflexion ne me vaudrait rien de bon, non, rien de bon, pour l'en faire sortir de force, le ramener à mes bavardages, quitte à tenir n'importe quels propos, y compris certains plus dangeureux encore, mais n'y prenant pas garde, donc j'ai répété à Guido ce qu'il avait déjà entendu, que j'avais dit à ce jeune homme de se méfier de l'exhumation de ces souvenirs, tout comme je l'avais dit au maestro auparavant, parce qu'alors il y avait aussi le château, et le chemin qui y mène, je lui avais dit, au maestro, vous feriez bien de repartir par où vous êtes venus vous et vos gens vous n'avez rien à faire ici, vous ne connaissez rien de ce pays, le même regard c'est ça qui a fait que j'ai continué de parler à ce jeune homme et je te dis, ai-je dit à Guido, Guido, c'était là ce qu'il convenait de faire, non pas parce que c'était juste mais parce que cette situation nous met en danger, voilà ce que je lui ai dit et je pense que j'ai eu raison de le faire, quelles que soient ses réflexions, après tout je ne dois céder à aucune crainte les parents de Guido étaient tout de même voisins des miens, vous me direz ça ne signifie rien mais si, si, j'insiste, c'est très important, surtout ici vous comprenez, enfin voilà. Quand à ce jeune homme, pour répondre à votre demande, voilà le conseil que je lui ai donné, et dont vous entendrez la pertinence j'en suis convaincu, pour tous les motifs que nous ont légués l'histoire et la géographie, ce conseil des plus simples et des plus avisés, je ne crains pas de le dire, de rejoindre le château non par les terres mais par le lac ; j'étais certain que vous approuveriez cette démarche ; nous savons vous et moi ce que lui coûtera une telle traversée s'il l'entreprend mais nous savons aussi ce qui pourrait lui coûter celle des terres ; entre les deux, point de comparaison. S'il suivra mon conseil je n'en sais rien. Peut-être même ne reparaitra-t-il pas dans nos parages, ce qui, pardonnez-moi, serait le plus heureux ; l'avenir ne manquera de nous l'apprendre... Décidément ce panorama est une merveille... S'il désire en jouir, il s'agit de le mériter, voilà au fond ce que j'en pense pour ma part. Je dois vous laisser maintenant, la nuit vient. Rappelez-vous s'il vous plaît de veiller à ce que Guido ne tente rien à mon encontre, vous savez à quel point cela nous desservirait tous. Je ne dispose pas d'une puissance comparable à la vôtre, c'est entendu, mais de chercher à me nuire pourrait provoquer des événements dont nous ne connaissons ni la teneur ni l'ampleur.

Eh bien, vous me regardez comme si j'avais commis un sacrilège, une faute irréparable, est-il fondé, ce sentiment, et cette faute, en est-elle une, il ne me semble pas, votre regard injuste m'accable ; je n'ai rien dévoilé, je l'ai mis en garde voilà tout, rien révélé, qu'aurais-je d'ailleurs à révéler, je sais moi-même si peu de choses, non, je n'ai fait que le mettre en garde voilà tout vous l'avez entendu, ne fallait-il pas, n'était-il pas de notre devoir de le mettre en garde ce grand dadais, certes oui c'était notre devoir du moins le mien et je crois qu'il m'a quand même écouté, c'est un cœur intelligent, un jeune homme formé, non plus un gamin sans cervelle, encore moins ce jeune enfant d'autrefois, timide et joyeux vous en souvenez-vous, bien sûr il a compris, il comprend que les vieux, je veux dire les vieux du pays en connaissons un bout sur ces histoires, lui ne sait rien de tout ça, les guerres, les siècles écoulés, les haines, les histoires de familles et des rives les incessantes rixes, il admet son ignorance c'est tout naturel, lui ne fait que revenir, faut-il dire sur les lieux du crime, bien sûr que non, tout ce qu'il désire c'est de retourner voir Elena, moi je veux bien pourquoi pas, comment lui donner tort, mais c'est pas si simple n'est-ce pas vous en êtes d'accord, vous savez bien sûr tout cela, nous le savons tous ici, que le chemin n'est pas si simple, ne manque pas d'embûches, sans même compter les prétendants, tous là qui veulent la mettre à nu comme dans un tableau du temps de notre jeunesse, il ne suffit pas d'y aller, une fois sur place il faut être prêt à la bataille, encore une de bataille, une de plus, vous savez ce que c'est, on n'y tient plus trop à ces batailles parce qu'on le sait bien nous, l'origine de toutes ces guerres incessantes c'est elle Elena, rien ni personne d'autre, c'est elle le territoire à conquérir, et voilà pourquoi ils ne sont pas restés ici après leur victoire, ici, qu'est-ce qu'ils en auraient à faire d'ici ; quant à elle, ils ne l'ont pas emmenée c'est un fait ; sans doute les a-t-elle effrayés, tout de même elle en sait beaucoup, beaucoup trop depuis ces temps reculés, ou alors trop vieille toute ridée maintenant ça les a surpris ils se sont peut-être dit tout ça pour ça merde alors ça valait pas le coup on rentre ; riez, riez tant que vous voudrez, et je ris avec vous, moquons-nous, les uns les autres et tous de ce monde de ténèbres, en attendant moi je dis peut-être bien que c'est ça et juste ça en même temps je le reconnais volontiers la politique je n'y entends rien c'est vrai, mais moi je l'affirme, les guerres c'est toujours une histoire de femme, une femme qu'on désire et qu'on veut posséder, quand je dis posséder croyez moi je n'emploie pas les mots au hasard, c'est dans les deux sens du terme au propre comme au sale, mais lequel est sale je n'en sais rien ou plutôt en est-il un de propre je ne crois pas, quoique si, à la réflexion, dans ce sens qu'il est propre à l'homme, c'est même le propre de l'homme, d'aller faire la guerre pour posséder une femme ; eux tous, cachés derrière le bleu profond du lac et le vert luxuriant de ses rives, pendant longtemps j'ai cru que c'était le château qui les intéressait, pas la ville, ni même la région mais le château, peut-être je me disais c'était comme un souvenir d'enfance, un souvenir à reconquérir, pour eux comme pour lui, la même histoire la même innocence ; j'étais jeune et naïf : c'était la femme c'était bien elle, Elena ; et laissez-moi vous le rappeler, oui à toi aussi, jalouse : qui ne l'a pas désirée, Elena, rien qu'ici, depuis tout ce temps, alors ceux d'en face, on peut comprendre aussi, mais je le soutiens, ce n'est pas une raison pour faire la guerre quoi, quand même, il faut se retenir tout de même, mon père avait bien raison sur ce point ; allons, les amis, au fond tout ça n'a plus d'importance plus la moindre cette fois ils ont gagné la guerre et ils sont repartis comme ils étaient venus je crois bien qu'on en a fini maintenant, oui qu'on en a fini ; fini, oui, mais pas avec tout, tiens Guido, sers-moi une petite grappa s'il te plaît, il m'a trop fait parlé cette grande perche j'ai la gorge sèche va, et pardonne au vieux bavard que je suis...

il traverse la place un des clients de la roulotte lui fait signe l'invite à rejoindre le groupe, signe amical il décide indolent d'y répondre. A peine parvient-il à portée de voix que l'homme se met à lui conter l'histoire du pays et des familles dans un récit embrouillé qu'il cesse d'écouter, mû par un désir soudain qui le surprend ; pour la première fois depuis ce temps de l'enfance, lui qui s'est départi, allez savoir pourquoi, de tout sens du détail, au point qu'il s'est engagé dans l'architecture par amour du plan-masse, tentant d'éviter dès l'apprentissage tout dessin en deçà d'une échelle qui le ramène à celle de l'homme, pour la première fois, sentant bien quoique confusément que la nouvelle charge qui lui incombe, de prendre la suite du maestro, et donc la responsabilité de cette suite, sentant bien qu'elle le contraint à regarder avec attention ce et ceux qui l'entourent, pour la première fois il observe le visage de son bavard, laissant passer au second plan le motif de l'interpellation, puis avec une égale attention les autres visages et pour la première fois il s'aventure à parcourir, du bout de l'œil, les rides de ces visages, cheminements dans le paysage d'une vie, et il s'aperçoit à la suite de cet examen minutieux qu'en effet tous, clients et patron, sont âgés, très âgés ; examen au cours duquel il se sent projeté au milieu d'images de films anciens, films tant vénérés dans l'enfance pour leur capacité à émouvoir, émerveiller, enflammer l'imaginaire, mais c'est la première fois qu'il fait corps avec ces images, spectateur participant au spectacle ; sensation effrayante et délicieuse ; il cherche de quels films ces traits lui paraissent s'offrir, bientôt convaincu quoique sans réelle certitude que de tels visages, anciens, crispés, anguleux, ridés, oui ses souvenirs en viennent de films russes, et sans doute de L'homme à la caméra et de La grève ; il lui semble aussi avoir vu de tels visages grimaçant chez Ford ; ainsi de ce vieillard qui s'adresse à lui avec véhémence, le menton en galoche, les yeux clairs profondément enfoncés dans leur orbite, les sourcils broussailleux ; ces répétitions de souvenirs anciens l'amusent au plus haut point quand son oreille l'alerte d'une voix de femme à sa gauche, il se retourne ; c'est une vieille imprécatrice édentée, survenue des trios de sorcières du théâtre élisabéthain, les cheveux gris et blancs mêlés en tous sens emportés par le vent, corps sec de centenaire mais somptueuse robe satinée au col ourlé d'un collier de perles grises opalescentes. A ce moment il prend conscience que tous ces visages n'en font en réalité qu'un, un seul parmi les clients du bar improvisé, le bavard qui s'adresse à lui manifestement décidé à un récit définitif, mais que lui sans volonté aucune calque cet unique visage sur les mines et expressions variées des hommes et femmes qui l'entourent, le patron tranquillement occupé à passer un torchon sur ses tasses, la cliente au collier s'amusant aux jeux d'un jeune chat sur la place, ces deux amis dont les cafés de plus en plus allongés épanouissent le sourire à chaque gorgée ; il aperçoit un trio un peu à l'écart, engagé dans une conversation animée consacrée à une affaire commerciale ; curieux il regrette de n'y rien comprendre du fait de leur éloignement et de sa mauvaise maîtrise de la langue ; ces trois débatteurs sont les seuls jeunes gens de ce groupe de hasard, mais quand il les observe leur air sérieux leur concentration ils lui paraissent plus âgés encore que les autres, sur leurs traits aussi viennent se superposer ceux parcheminés des anciens ; il se contraint à un examen méticuleux, ils sont jeunes pourtant ; deux hommes et une femme ; la femme brune, élégante, sa robe lui découvrant à demi le dos, le nez légèrement busqué, son sourire charmant de circonstance ; un des deux hommes de dos, large et légèrement adipeux, sa chemise blanche tirant sur le jaune ; l'autre de face parle sans cesse une voix désagréable, nasillarde et perçante, visage rond quelconque lunettes grises d'école de commerce, enjôleur cependant ; à un moment les deux hommes quittent le tabouret sur lequel ils sont juchés saluent et s'éloignent la femme restée seule sort un carnet et prend des notes elle a cessé de sourire...
Tout à ses observations il n'écoutait pas ce dont l'abreuvait le vieillard ; un son plus aigu que les autres le tira cependant de cet état et oubliant les visages il se concentra sur les mots quand l'homme, comme épuisé, s'interrompit. Il but une gorgée de café, grimaça de sa tiédeur puis conclut bon moi ce que j'en dis, ça n'est pas mes affaires, et si vous voulez aller voir Elena c'est pas moi qui vous en empêcherai mais souvenez vous bien de ce que je vous ai dit il n'y a rien de bon là-bas pour vous rien de bon.

lorsqu'il fut parvenu de nouveau au milieu de la place, songeur, il ne s'aperçut pas du soudain changement d'atmosphère ; l'air était gris et la température en chute, les nuages accumulés au loin traversaient le lac à sa rencontre ; lui s'était approché des eaux mais ne semblait remarquer que les galets fins qui peu à peu avaient sous ses pieds remplacé le bitume, puisqu'il sourit rêveusement en sentant sa marche s'amollir et son corps s'alourdir ; il cheminait ainsi sans but, lentement, le long de la petite plage, depuis quelques minutes, sans plus rien connaître du monde, quand l'orage éclata.
Pris au dépourvu, il regarda autour de lui à la recherche d'un abri, comprenant qu'il serait rapidement trempé s'il cherchait à rejoindre sa voiture à l'autre bout de la place elle-même déjà loin derrière ; il commençait à sentir l'eau rouler dans son cou quand il vit courir, cent mètres devant lui, un groupe d'enfants dans une direction commune ; il comprit que cette course les menait certainement vers un quelconque abri et se mit à les imiter pour les rejoindre, voir où ils se rendaient ; il s'aperçut alors de la présence d'un passage protégé entre deux maisons, qui lui rappela d'une étonnante manière un passage identique au bord de la Méditerranée, sur une promenade où il aimait flâner en observant les joueurs de pétanque ; souriant à cette découverte joyeuse, il eût tôt fait de rejoindre les gamins piaillant comme une volée de moineaux, qui le remarquèrent à peine tandis que lui les dévisageait rassuré : ainsi la ville n'était-elle pas peuplée que de vieillards ! Son regard s'attendrissait au fur et à mesure qu'il passait de l'un à l'autre de ces visages riant ; manifestement la guerre, très courte, n'avait pas fait trop de dégâts, c'était heureux ; il se demandait, contemplant le mouvement qu'ils créaient dans le lieu indifférent, quelle était leur innocence, cette innocence qu'il lui semblait avoir perdue, et qu'il imaginait pouvoir retrouver à ce méditatif examen, quand il distingua une ombre plus dense dans l'ombre des murs, une forme, derrière le groupe ; un homme se tenait là, dans une immobilité qui démontrait, lui sembla-t-il, une fascination semblable à la sienne, devant ce spectacle improvisé.
Puis, alors que les enfants, voyant que l'orage durait, décidaient de traverser le passage jusqu'à son extrémité donnant sur la ville, espérant trouver un magasin ouvert, si possible le glacier, et allaient disparaissant vers le fond du sombre chemin pavé, leur silhouettes amenuisées se découpant à la faible lumière de ce qu'il imaginait être la sortie, la forme immobile se détacha de l'ombre et se dirigea tranquillement vers lui ; il reconnut le maestro qui le rejoignait et le salua amicalement
— Comment va ?
Il le fixa éberlué sans répondre.
— Vous aussi me croyiez disparu n'est-ce pas ? Eh, tout le monde me croit mort. Dans un sens cela peut s'entendre, n'est-ce pas, mort, je l'étais. Et je le deviendrai. J'ai lu les nouvelles, c'est ainsi que j'appris mon décès, sur une plage comme celle-ci, quelle mort idiote nest-ce pas, tout-à-fait indigne...
Les deux hommes fixèrent un instant les berges lointaines, perdues dans la brume.
— Vous voyez, l'orage est venu, j'avais vu juste, il fallait tourner vite, et à deux caméras.
Il se retourna vivement vers le maestro et s'apprêtait à répliquer que des siècles étaient passés depuis ce jour de tournage quand celui-ci poursuivit
— J'avais raison aussi n'est-ce pas, la guerre est venue, ils ont finalement décidé de se venger de nous, après tant d'années...
Il lui sourit et dit tout finit par arriver puis vous allez vous rendre chez Elena ? Votre visite va sans doute la réjouir. Vous en êtes entiché n'est-ce pas ? Contrairement aux apparences elle aussi l'est de vous. Je crois savoir qu'elle vous attend. Sans rechercher une grandiloquence déplacée, je dirais qu'elle vous aime. Mais vous l'avez déjà compris cela n'est-ce pas...
Il indiqua le château de l'autre côté de la baie, comme un géant veillant sur la côte. Ils ont voulu détruire le château mais je suis intervenu et je les ai empêchés ; je leur ai dit "c'est ici-même que j'ai tourné mon dernier film vous ne pouvez faire cela" (vous savez bien sûr que ce n'est pas ici qu'eut lieu le tournage mais près de Sienne où ce paysan a voulu autrefois se faire prince, dont on s'est tant moqué alors, j'aimais cette époque) alors qu'importe le mensonge ils m'ont gentiment écouté et sont repartis, peu leur en chalait ils avaient remporté une belle victoire, au fond ils n'avaient besoin de rien d'autre... ici non plus d'ailleurs... la paix était à ce prix...
Il tourna son beau visage grave et saillant vers l'homme et lui tendit la main ; l'homme après hésitation fit de même et ils échangèrent un bref salut. Mais vous restez silencieux. Il est temps que je vous laisse à votre méditation. Je dois aller moi-même, de l'autre côté. Vous, attendez ici, l'orage ne durera pas. Regagnez votre voiture et rendez-vous chez Elena, elle sera ravie. Adieu donc et lui faisant un bref signe de la main il s'éloigna ; après une dizaine de mètres il se retourna (l'homme ne distinguait plus que l'élancement de son corps découpé sur le rond lumineux où les enfants avaient disparu quelques instants auparavant), J'allais oublier le plus important : si cela vous est possible, je veux dire, si l'époque vous le permet, vous avez mon autorisation. — Quelle autorisation ? Il rit, Vous voyez que vous pouvez parler, tout de même ! puis L'autorisation de poursuivre, prendre ma suite... Elle vaut ce qu'elle vaut, ma suite, mais je vous l'offre ! et se retournant il disparut dans l'ombre, sa silhouette parfois découpée, parfois masquée, jusqu'à paraître en pied telle un marcheur de Giacometti, à la sortie du passage et descendre par degrés ce qu'il devina être des escaliers.
Il se mit à courir et eut tôt rejoint la volée de marches qui ouvrait sur la ville ; mais le maestro s'était évanoui. Il fit demi-tour, tranquillement cette fois, remarquant avec surprise un ruisseau qui traversait ce long couloir sombre, comme d’une maison l’autre, sous un petit pont de pierre, et rejoignit la plage au moment où l'orage cessait, sentant croître un étrange sentiment de plénitude.


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En lieu et place, Cyril Sauvenay